Par Justin Rialland, fondateur d’Anthera
Logiciel sur-mesure ou SaaS du marché : comment trancher
Le sur-mesure n'est pas toujours la bonne réponse, et l'abonnement pas toujours l'option économique. Quatre critères pour décider sans se raconter d'histoires.
C'est une décision qu'on prend souvent à l'envers : on compare le prix d'un abonnement mensuel au devis d'un développement, on constate que le premier est plus petit, et on signe. Deux ans plus tard, on paie toujours l'abonnement, on a contourné l'outil sur trois points, et une partie de l'équipe a recréé ses tableurs à côté.
La comparaison n'est pas fausse, elle est juste incomplète.
Le SaaS du marché est le bon choix plus souvent qu'on ne croit
Disons-le d'emblée : pour tout ce qui n'est pas votre métier, prenez l'existant. La comptabilité, la paie, la messagerie, la signature électronique, le stockage de fichiers sont des problèmes résolus. Personne n'a jamais gagné un client parce que son logiciel de facturation était unique.
Le sur-mesure ne se justifie que là où votre façon de travailler est un avantage concurrentiel — ou là où aucun outil du marché ne parle votre langue.
Les quatre critères qui tranchent
Est-ce que vous contournez l'outil ? Le signal le plus fiable n'est pas le mécontentement, c'est le contournement. Un champ « commentaire » qui sert à stocker une information structurée, un export hebdomadaire vers un tableur pour faire le vrai suivi, une convention d'équipe pour détourner un statut : chacun de ces bricolages est une fonctionnalité manquante qui coûte du temps tous les jours.
Payez-vous pour ce que vous n'utilisez pas ? Beaucoup de solutions facturent par utilisateur et par mois, avec un socle pensé pour des entreprises bien plus grandes. À huit ou dix personnes, sur plusieurs années, le calcul se retourne plus vite qu'on ne le pense — et le développement, lui, ne se paie qu'une fois.
Vos données sont-elles récupérables ? C'est le critère le plus négligé. Un outil dont vous ne pouvez pas sortir l'historique proprement vous coûtera très cher le jour où vous en changerez, et ce jour arrive toujours.
Le processus est-il stabilisé ? Développer un outil fige une façon de faire. Si votre process change encore tous les trimestres, c'est trop tôt : un tableur, aussi imparfait soit-il, est plus facile à faire évoluer qu'un logiciel.
La troisième voie, souvent la bonne
On oppose sur-mesure et marché comme si c'était binaire. En pratique, la configuration la plus solide est souvent mixte : les outils du marché pour les fonctions génériques, et un développement ciblé sur le seul endroit où votre métier est spécifique, branché aux premiers par leurs interfaces.
Concrètement : vous gardez votre comptabilité, votre messagerie et votre signature électronique, et vous faites développer le suivi d'activité que personne ne vend, parce qu'il n'existe que chez vous.
C'est moins spectaculaire qu'une refonte complète, c'est beaucoup moins cher, et ça règle le vrai problème.
Comment faire le test en une semaine
Demandez à chacun de noter, pendant cinq jours, chaque fois qu'il ressaisit une information déjà présente ailleurs, ou qu'il sort de l'outil pour faire son travail.
Le décompte, à la fin de la semaine, vaut toutes les argumentations. S'il est proche de zéro, votre outillage tient. S'il remplit une page, vous savez où porter l'effort — et vous savez précisément quoi faire développer.
Notre page Outils digitaux sur-mesure décrit ce qu'on construit dans ce cadre.